12 – L’Association des psychiatres américains (A.P.A.) n’a-t-elle pas exclue l’homosexualité des affections sexuelles en 1973 ?

En effet! Mais plusieurs seront surpris d’apprendre que cette décision ne reposait en rien sur une synthèse des dernières découvertes scientifiques.

Rappelons d’abord les faits. Avant 1973, l’homosexualité était catégorisée par cette association comme une affection mentale sous la section 302 intitulée : « Déviation sexuelle ». La section 302 spécifiait entre autres que les personnes homosexuelles « forment une catégorie d’individus dont l’intérêt sexuel est en priorité dirigé vers des objets différents de la personne de l’autre sexe, vers des relations sexuelles […] réalisées dans des circonstances bizarres. […] Même si plusieurs conçoivent leurs propres pratiques comme déplaisantes, elles demeurent néanmoins incapables de les substituer à un comportement sexuel normal. »

De 1970 à 1972, l’Association des psychiatres américains avait été victime de représailles récurrentes de la part de groupes de pression militant pour la promotion de l’homosexualité. Lors de ces trois congrès annuels, certains membres de ces groupes, ayant falsifié des cartes d’admission, avaient systématiquement causé de l’agitation, allant jusqu’à arracher le micro des mains des conférenciers pour s’adresser de force aux congressistes et leur proférer des menaces.

En 1972, Frank Kameny, un homosexuel militant associé au Gay Liberation Front, réussit à obtenir de l’intérieur de l’APA le soutien de quelques psychiatres haut placés de tendance homosexuelle. Kent Robinson, un membre de l’APA, l’aida à formuler une requête visant à retirer l’homosexualité du DSM-II.1 Cette année-là, lors du congrès, des militants homosexuels obtinrent même l’autorisation d’y installer un stand intitulé « Gai, fier et sain d’esprit ». On permit enfin à Kameny de prendre part à une table ronde sur l’homosexualité.

Peu de temps avant le congrès suivant, celui de 1973, plusieurs psychiatres opposés à la démarche de Kameny s’organisèrent pour lui faire obstacle. Les docteurs Irving Bieber et le psychanalyste Charles Socarides participèrent à cette initiative. À la suite d’importantes pressions politiques, un comité de l’APA tint une rencontre à huit clos pour débattre de la requête de Kameny. Selon le témoignage du docteur Jeffrey Satinover (auteur du livre Homosexuality and the Politics of the Truth), seulement quinze minutes furent offertes à ses opposants pour qu’ils présentent leurs arguments. Au bout du compte, le comité décida majoritairement de soumettre la requête de Kameny à un vote prochain des 10 000 membres de l’APA.

Protéger les sensibilités plutôt que la vérité

Pour plusieurs, cette manière d’agir est apparue comme un manque flagrant de méthodologie qui ne peut s’expliquer que par l’intimidation exercée sur la profession par les effets combinés de la révolution sexuelle, du mouvement des droits civils, des droits des minorités et des droits de la femme. Au lieu de consulter ce qu’affirmaient les études récentes sur le sujet, l’organisation américaine a plutôt choisi de tenir un scrutin. Est-il nécessaire de rappeler qu’en consultant ses 10 000 membres elle ne consultait pas seulement des chercheurs? Loin de là…

La National Gay Task Force s’empressa d’acheter la liste des membres de l’APA et de leur faire parvenir individuellement une lettre leur enjoignant de voter en faveur du retrait de l’homosexualité de la liste des affections mentales. L’APA n’informa aucun de ses membres que l’envoi postal avait été financé par l’organisation Pro-Gai. Le scrutin se solda par 5 816 votes pour normaliser l’homosexualité, et 3 817 votes pour la maintenir comme une affectation mentale (367 abstentions). L’homosexualité a dès lors été rayée de la section 302 du DSM-II.

Pour la première fois de son histoire, l’organisation, regroupant pourtant un grand nombre de scientifiques, a donné une réponse politique à ce qui nécessitait une réponse scientifique. À la suite de ce scrutin, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de nombreux pays ont, à leur tour, rayé l’homosexualité de la liste des affections mentales.

L’entrevue qui suit, réalisée en novembre 2011 avec le docteur Nicholas A. Cummings, ancien président de l’APA, confirme le tout :

Selon Joseph Berger, membre éminent de l’APA, dès le début de ces procédures inhabituelles, « l’objectif poursuivi était non pas de rendre une décision scientifique définitive sur l’homosexualité, mais de créer un climat propice à réduire l’intolérance et la stigmatisation à l’endroit des personnes homosexuelles. Malheureusement, comme cela arrive souvent, ce qui a été décidé par une génération afin d’améliorer le climat social a été interprété par la suivante comme une conclusion scientifique solidement étayée2

N.B. Données tirées d’études scientifiques, répertoriées dans l’ouvrage L’homosexualité: les mythes et les faits disponible dans notre section BOUTIQUE

  1. Le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM) est le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux le plus largement utilisé par les professionnels de la santé mentale aux États-Unis et au Canada pour codifier leurs diagnostics. []
  2. Tiré de l’article : «The APA Vote On Same-Sex Marriage: The Inside Story» (www.narth.com/docs/apavote.html). []